Discours universel sur la réparation de l'esclavage.

Discours universel sur la réparation de l'esclavage.
(Rédigé les 22 et 23 mai 2008. Etoffé après la mort du prophète.
Prononcé le dimanche 8 février 2009 sur facebook.)

"j'accepte et la détermination de ma biologie, non prisonnière d'un angle facial, d'une forme de cheveux, d'un nez suffisamment aplati, d'un teint suffisamment mélanien, et la négritude, non plus un indice céphalique, ou un plasma, ou un soma, mais mesurée au compas de la souffrance [...] J'accepte, j'accepte tout cela"

Cahier d'un retour au pays natal


Vous avez dit réparation ? Mauvais timing, mauvaise posture. Nos politiques sont beaucoup trop blip et trop peu pertinentes ! Si ça continue, ils vont nous noyer définitivement dans le noir. Cette idée doit être abandonnée sur le champ sous peine de menacer de manière irréversible l'intégrité du peuple martiniquais. Je ne parle évidemment pas de nous, martiniquais d'aujourd'hui, mais pour dans deux générations ! Quand l'Histoire aura parlé... Pour l'heure, et à l'instant où le prophète nous quitte pour des cieux plus célestes, n'est-il pas temps pour nous de nous avouer plus simplement notre vérité ?

Pour ceux de mes compatriotes présents et à venir qui n'auraient pas tout compris au sujet de la Négritude, elle consiste en la pré-occupation nocturne d'un champ lexical. Un maniement de coutelas mental destiné à éclaircir une trace. Il s'agit de baliser une jungle intellectuelle en gardant à l'esprit deux ennemis principaux. La faim et la fatigue... Bien sûr, nous avons une histoire coloniale qui a conditionné cent pour cent de nos difficultés d'aujourd'hui, et bien entendu, nous devons en parler. Obtenir réparation. Faire connaître notre message non seulement à la France, mais aussi et surtout à l'Europe et à toutes les puissances mondiales. Mais notre seul but légitime doit être de nous affranchir de ses conséquences et non de l'histoire elle-même car l'abolition a déjà eu lieu !!! Ma question est donc la suivante : Sommes-nous dans le vrai lorsque nous demandons ainsi réparation ? Sommes-nous sur la voie de cet affranchissement ?

Dans l'½uvre de Césaire, je lis deux choses principales : La première est que la Négritude est avant tout une attitude. Une manière mentale d'être qui prend naissance dans la réalité de la couleur de la peau, mais qui ne peut prendre forme réelle qu'au travers d'une personnalité. Cette attitude, par le jeu de l'écoulement du temps deviendra une habitude, une identité qui au delà des postures nous permettra de réaliser de véritables gestes. La seconde est que ce concept est une violence consciente donc avouée, non contre l'autre mais de manière ascétique envers soi-même. A ce stade, son message prendra des allures messianiques... Mais parce que nous connaissons bien la jungle, ne battons pas plus vite que la musique.

Bien qu'elle y naisse, l'identité n'est pas dans l'individualité entendue comme le réceptacle de l'originalité, de la singularité, mais dans la personnalité. Il faut cette fois entendre le terme dans son sens initial, son sens originel donc universel, et non plus dans l'original. En ce sens, l'individualisme pur et simple que nous vivons aujourd'hui est une impasse. Une ratière. Le crabe, c'est celui qui se croit né sous une si belle étoile qu'il est légitime à profiter sans contre partie d'un bien qu'il n'a pas directement contribué à produire. Dans un sens il sera palestinien avant d'être israélien, et inversement dans l'autre. Dans le meilleur des cas il finira en matoutou, et dans le pire sous une gomme asphaltée... L'identité, la vraie, ce n'est pas ça ! L'identité procède de choix et ne relève pas simplement d'une situation de fait. L'Etat, dans son acception la plus intelligente se définit comme un peuple ayant le pouvoir sur un territoire. Mais suffit-il de naître sur ce territoire pour parler de pouvoir ? De droit ? C'est ce que nous ont raconté un jour des claires obscures, et que voudraient nous répéter aujourd'hui des noirs transparents ! Mais un peuple n'a de droit sur une terre qu'à partir du moment où il a élu cette terre comme sienne. Dès lors qu'il se l'est appropriée après qu'elle l'ait choisi ! C'est l'objectif poursuivi par notre quête identitaire.

Pour atteindre la Négritude, il faut impérativement commencer par regarder la couleur de sa peau. Oui oui ! Et pas seulement la couleur ! Il faut bien regarder toutes ses caractéristiques physiques. Il faut prendre conscience de son apparence, et réaliser que l'on est tout ça, mais que l'on n'est pas que ça ! Parce qu'on a pris la mauvaise habitude de regarder la réalité de travers. De ne pas voir ce que voient nos yeux. Le noir de sa poésie étant bien plus fin que la profonde couche des artifices du temps, pour le visage pâle comme pour le nègre noir, un Césaire à haute voix peut assurément devenir d'un secours inespéré une délicate thérapie :


« Les rizières de mégots de crachat sur l'étrange sommation de ma simplicité
se tatouent de pitons. »

Batouque, Les armes miraculeuses.

Les européens de méditerranée ne craignent pas tant le cri qui tue de la Mandragore que le silence qui fume du chien noir qui sert à l'arracher. Le mot est lâché. Le secret de Césaire est dans le silence qui s'impose quand il se tait. J'adore la sonorité de cette phrase ! Son sifflement... Je la connais par c½ur !!! Tu t'exprimes en français mais on croirait entendre du créole... Certes. La finalité de cette extrospection préliminaire est le dépassement de cette apparence prison qui n'est de l'être que partie. Elle durera parce que, et tant que le « gran nèg » aura besoin d'être noir pour être nègre. Pour le bon nègre (à ne pas confondre avec le petit nègre...), elle ne durera pas. Là s'arrête l'individualisme césérien. Mais ce n'est pas l'essentiel de son travail ! Césaire dirait :


" Mais la Négritude n'est pas seulement passive.
Elle n'est pas de l'ordre du pâtir et du subir.
Ce n'est ni un pathétisme ni un dolorisme. "

Discours sur la Négritude

J'ajoute qu'Elle est un ascétisme !
Cette b-attitude trouvée - il faut lire « bonne » attitude et comprendre chabinitude pour le chabin - nous ouvre la seconde porte de notre quête identitaire (le deuxième prénom de mère c'est Béatrice...). Celle de la personnalité ! Je serais tenté d'approcher la chose en disant de cette dernière qu'elle est la partition que tout le monde sait lire sans apprendre la musique. Le refrain. La partie de l'être qui est semblable en tout être. Le X de XY. Le morceau universel. La fraction qu'on n'a pas besoin de dire trop fort tellement elle s'égosille en silence en chacun de nous. La muse... Mais cette approche ne serait pas totale sans menacer le consensuel de la personnalité martiniquaise tant elle aime aujourd'hui à se décrire par la lettre négative ; c'est-à-dire par défaut.


" Au bout du petit matin, le morne oublié, oublieux de sauter. "

Aimé Césaire, Cahier d'un retour au pays natal

Il veut dire oublieux de se faire connaître, et le morne c'est nous ! La métaphore fait référence à notre dilemme mondial martiniquais : la peur de la liberté. Il parle de la peur de voler de ses propres ailes parce que la liberté, ça fait peur quand on ne la connait pas bien. Pour saisir l'image en plein vol, il suffit d'aller au point "Y" à l'anse noire et de se rendre compte par soi-même !!! Quand bien même ! S'il faut en passer par là pour rencontrer le nègre fondamental, allons-y ! Faute de mieux, passons par la négative. Sacrifions dignement sur l'hôtel de l'identité quatre sokans pleins de bonnes intentions et voyons concrètement ce que la Martinique doit ne pas être : N'ayant pas franchement entendu le son du tambour dissident le 22 à l'heure du crime et étant moi-même martiniquais, j'en viens maintenant à m'interroger sur les tenants et les aboutissants de cet acte manqué. N'a-t-il pas pu être réussi ?!! Quel est le message final de la démarche ? N'est-ce pas l'unité du peuple martiniquais qu'il nous faut rechercher ? Ne menaçons-nous pas directement cette unité en favorisant l'expression d'un message ambigu sur une question aussi fondamentale que l'abolition de l'esclavage ? Y a-t-il un message ? Je n'en sais rien. Une chose est sûre, si c'est l'expression d'une spontanéité, d'un élan d'enthousiasme, d'un amour démesuré pour son pays qui a motivé cette demande d'éteindre la lumière, alors nous sommes sûrement dans le vrai. L'unité de notre pays n'en sera que renforcée. Cette expérience sera l'expérience qui nous permettra de mieux faire l'an prochain si... Néanmoins, si cet échec n'en était pas un, si en initiant ce mouvement les responsables voulaient que ça se passe comme ça s'est passé et pas mieux, alors je me dois de les mettre en garde contre le côté obscur de la force qu'ils convoient aujourd'hui. Kouté pou tan', tan' pou compran' ! Cette lumière-là ne connaît pas de filtre. Elle n'a pas d'interrupteur. Elle brille comme elle veut, si elle veut, et on ne peut pas l'éteindre comme on veut ! Qu'on se le dise une fois pour toute, en l'état actuel de notre situation martiniquaise (dimanche 7 décembre 2003), rien ne justifie que l'on fasse appel à une telle lumière. Si nous ne sommes pas capables de dire merci à la France pour ses bienfaits, alors nous ne sommes fondés à lui reprocher quoi que ce soit en particulier. Compran' pou aji. Cela étant dit, je préfère croire que mon matoutou mijote paisiblement.

Oui, le temps est venu de s'organiser. Mais pour gagner la terre, il faut gagner les hommes. Et pour avoir les hommes, il faut leur donner du pain ou des armes. Ou mieux encore ! Apprenons-leur à se procurer eux-même leur nourriture. Car un homme qui n'a plus faim a tout son temps ! Nous sommes tous d'accord pour dire que nous devons nous prendre en main car personne ne le fera à notre place. Eh bien faisons-le, tout simplement ! Qu'est-ce qui nous empêche de nous parler tous les jours ?! Pourquoi faut-il parler d'abolition plus fort le 22 que les autres jours ?!! Faut-il remettre en cause une partie non négligeable de cette identité que nous commençons à peine à entrevoir pour réussir à exprimer une personnalité dans ce pays mêlé ??? Je ne crois pas. Quoique spontanée, cette attitude reste infantile. Je crois que l'on peut apprécier une partie de son identité sans n'en déprécier aucune autre et que l'on ne peut l'apprécier autrement. D'ailleurs, à ce sujet, une question me taraude : Que penseraient nos « marrons d'aujourd'hui » d'un adolescent qui déciderait, sous prétexte de s'être trouvé, de prendre son indépendance vis-à-vis de ses parents et qui pour ce faire demanderait à ces derniers de lui acheter un appartement, une voiture et l'essence qui va avec pour qu'ils puissent voler de ses propres ailes ?... Non, vraiment, je crois que l'indépendance ne se demande pas mais se prend ! Que l'identité ne se décrète pas, mais se sait ! Se vit. En clair, pour l'instant on n'est pas encore tout à fait prêt, alors bas les masques ! Pour l'instant, restons humble, car c'est la meilleure partie de nous-même. Dans le monde mondialisé d'aujourd'hui comme dans celui d'hier, la galère ne se mesure pas à la couleur de la peau, ni d'aucune autre manière !


" je n'ai pas le droit de calculer la vie à mon empan fuligineux ; de me réduire à ce petit rien ellipsoïdal qui tremble à quatre doigts au-dessus de la ligne, moi homme, d'ainsi bouleverser la création "

Cahier d'un retour au pays natal


Wacha ! Wacha ! La souffrance humaine ne se mesure pas. Elle ne se gradue pas. Elle se respecte, ou ne se respecte pas. En voilà bien assez pour la faim. Mais il nous reste la fatigue...

"Et venant je me dirais à moi-même :
"Et surtout mon corps aussi bien que mon âme,
gardez-vous de vous croiser les bras en l'attitude
stérile du spectateur, car la vie n'est pas un spectacle,
car une mer de douleurs n'est pas un proscenium, car
un homme qui crie n'est pas un ours qui danse...""

Aimé Césaire, Cahier d'un retour au pays natal

Nous le voyons clairement aujourd'hui, c'est la justesse de notre justice sociale propre qui doit relever le sens de notre histoire. La réponse à la misère sociale ne venant pas de la métropole, elle doit émaner de nous-même. C'est la seule réparation que nous devons espérer de la condition humaine actuelle. Mais si notre histoire peut maintenant plus que jamais éclairer l'Histoire, il faut encore que cette fameuse justice sociale, que notre « martinican way of life » prenne un sens lisible. C'est l'intention poursuivie par mes travaux juridico-politiques.

Notre droit martiniquais étant positivement assujetti au droit français, il en est très largement tributaire dans son aspect normativiste. Mais restant nettement inspiré de la tradition orale, digne héritage des Indes inversées et de l'Afrique juridique, il reste dans sa majeure partie un droit dit, vécu et non précisé par la légende. Selon moi, les faits simples du temps suffisent à justifier la supériorité du premier au second. Il s'agirait alors pour nous, acteurs vivants de l'avis de la Martinique de le dire avant le juge ! Il serait lamentable pour nous comme pour ceux qui ont donné leur sang pour notre cause que cette dernière sombre dans les oubliettes abyssales de l'indifférence pour vice de procédé. A défaut paradoxal de plaignant, point de jugement. C'est pourtant de cela qu'il est question aujourd'hui. Au lieu de faire la grimace pour alimenter la bêtise de ceux qui nous prennent pour des singes, prenons sérieusement le pouvoir politique sur le territoire. Non celui qui tire les ficelles indécentes du pantin superficiel et égoïste de notre individualité matérialiste, mais celui qui n'a pas besoin d'argent mais de légitimité pour exister. C'est la seule réparation que nous pouvons attendre de « ce monde dégueulasse de tapages, d'instruments chirurgicaux et de pelotages sournois dans les taxis »... Jean-Paul Sartre. L'âge de raison. Positionnons-nous nous-mêmes à l'avant-garde de ce que peut produire la France de meilleur. Devenons l'exemple, l'élite en tout domaine. La jurisprudence, la référence en toute matière. Erigeons-nous non pas en statue de pierre ou de principe, mais en éclaireur. En lumière du monde. Cessons de demander des comptes ! Rendons-en à la France de telle sorte qu'elle en vienne à s'interroger sur cette puissance qui nous anime ; qu'elle vienne d'elle-même nous demander pardon. Nous en avons largement les moyens aujourd'hui. Nos forces vives ne sont pas des moindres dans le monde... Tout autre moyen pour obtenir cette réparation se soldera par un échec cuisant. En particulier si nous choisissons de passer par la voie pécuniaire. Car s'il est vrai que l'argent peut tout acheter ici bas, il faut en tirer une conséquence :

Lè la France kay péyé nou, y pa kay dwé enco !
(Quand la France nous aura payé, elle ne nous devra plus rien !)


Voici le point précis qui se braque sur l'échelle impassible de mon viseur depuis le début de cet essai diplomatique. La question de la réparation est une affaire hautement juridique au sens le plus noble terme ; c'est-à-dire entendant le droit comme l'objet de la justice, et la justice comme l'action de remettre à chacun ce qui lui est dû ! Avis aux amateurs : Une notion fondamentalement incontournable trônant en authentique Baobab sur la matière juridique dissimule le droit murmurant dans la forêt qui nous occupe. C'est la charge de la preuve. Le principe de base c'est que celui qui réclame justice doit apporter la preuve de l'injustice qu'il dénonce. C'est dans une certaine mesure ce qu'essayent de faire un certain nombre des plus téméraires d'entre nous en tentant de prouver la culpabilité des colons dans la colonisation. Mais l'évidence de l'horreur est-elle si peu signifiante qu'il faudrait encore que ses victimes la démontrent ? Je ne le crois pas. Et Mémé non plus...



"Ecoutez le monde blanc [...]
écoute ses victoires proditoires trompeter ses défaites
écoute aux alibis grandioses son piètre trébuchement"

Aimé CESAIRE, Cahier d'un retour au pays natal

D'ailleurs, cette tâche nous incombe-t-elle réellement aujourd'hui ? Il existe un moyen à la fois juridique et légal de renverser la charge de cette preuve. Ce moyen est la présomption. Elle est définie légalement comme une conséquence que la loi ou que le juge tire d'un fait connu à un fait inconnu. Il se trouve que dans notre contexte historique actuel, cette conséquence à déjà été tirée par nos aînés !!! Le fait inconnu, c'est que le noir, l'esclave de l'époque, et plus particulièrement le marron (le bon. le vrai !) n'était pas moins homme (dans le sens de l'homme animé, de l'humain qui a une âme) que tout homme...

Le fait connu lui, c'est que nos grand-parents martiniquais ont volontairement versé leur propre sang pour défendre une partie qui n'a pas toujours été la leur, mais dont ils ont adopté les valeurs fondamentales. Ils étaient fiers de participer à l'effort national. Il eût été facile de se dérober à ces moments stratégiques où le monde s'équilibre tout seul afin de laisser un autre monstre terrasser notre bourreau. Mais il n'en fut pas ainsi. Ils prirent le parti de défendre la France. Ils choisirent leur camp en attendant le son du verdict universel.

Cette participation active et motivée aux guerres françaises a très clairement renversé la charge de la preuve de notre humanité nègre. Se postant sciemment en première ligne, nos anciens ont très clairement interdit à leurs oppresseurs d'un temps toute spéculation au sujet de l'intégrité de leur âme. C'est maintenant à la France de se justifier sur cette question et de se réhabiliter. C'est donc paradoxalement et sans aucun humour noir la partie occidentale de notre Négritude qui nous interroge aujourd'hui !!! Si nous persévérons dans cette demande de réparation, nous renverserons de nouveau la charge de cette preuve. Nous demanderons une fois encore au nègre qu'il y a en nous s'il a vraiment une âme ? En avons-nous à l'instar de la France qui s'entend les moyens ? D'ailleurs, la question mérite-elle aujourd'hui d'être reposée ? Je ne le crois pas. Et je crois même que poser cette question est le résultat diamétralement opposé à celui que nous entendons poursuivre. Cessons-donc d'être le bal masqué des autres. La question de la charge de la preuve est essentielle voir centrale lorsque l'on demande justice. A cause du risque de la preuve. Lorsque dans un procès le fait n'a pu être prouvé, la personne qui succombe est celle sur laquelle portait la charge de la preuve. Elle perd son procès moral parce qu'elle n'a pas satisfait à son obligation. Or :


"On peut tuer en Indochine, torturer à Madagascar, emprisonner en Afrique Noire, sévir aux Antilles. Les colonisés savent désormais qu'ils ont sur les colonialistes un avantage. Ils savent que leurs "maîtres" provisoires mentent.
Donc leurs maîtres sont faibles."

Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme

Pourquoi donc nous justifier davantage ?!! Démontrer une évidence plutôt que la montrer ne revient-il pas à reconnaître cette faiblesse ?... Le nègre qui est en nous nous l'interdit. Nous avons trop souvent tendance à nous prendre pour le centre du monde, mais à bien y regarder, ne le sommes-nous pas déjà !? Au diable les postures ! Cessons de paraître ce que nous sommes et soyons !
Nous oublions que l'histoire n'a qu'un sens et que toute tentative de galvauder ce sens, pour quelque raison que ce soit (fût-elle la plus juste du monde) se solde immanquablement par la pire de toutes les misères. La misère intellectuelle. Eclairons-nous ici à l'exemple des empires coloniaux eux-même ! Telle est notre condition. Le pardon, c'est-à-dire la prescription du temps n'est pas une option ici bas, mais une condition incontournable. Il n'est le monopole d'aucune religion, d'aucun Etat et d'aucun groupe d'hommes. Il est simplement notre patrimoine humain dans ce qu'il a de plus universel et de plus actuel. Tel est le prix de la paix. Notre rôle aujourd'hui n'est pas de réécrire l'histoire, elle est maintenant assez grande pour le faire toute seule, mais précisément de l'aider à s'écrire d'elle-même, en créant au sein de notre population, et plus particulièrement de notre jeunesse d'AUJOURD'HUI (car la jeunesse d'hier, ça s'appelle la sagesse...) des conditions favorables à cette expression. En éclairant nos prétentions d'actes juridiques, et non seulement de macaqu...
Comprenons-nous bien. Je ne conteste pas la légitimité de la démarche, car je considère moi-aussi que j'ai sauté dans le fait-tout. Je crois simplement comme l'Aimé y avoir laissé deux pinces plutôt qu'une et de ce fait, j'interdis à qui que ce soit de venir me donner des leçons de martiniquais. C'est la juxtaposition du moment et de la méthode que je conteste ! Lesquels de nos ancêtres nous ont enseigné que c'est quand un homme est à terre qu'il est le plus facile à descendre? Que c'est quand une femme est violée qu'elle est la plus facile à violer ?... Est-ce papa l'Allemagne, manman la France, tonton Tom et tatie Djibie, mama Africa, ou alors les cousins ?... Est-ce aujourd'hui, alors que la France est attaquée dans ses fondements-même (ceux qui, accessoirement, nous tiennent encore en vie...) et qu'elle a besoin de toutes ses forces vives, en particulier de celles qui véhiculent dans leur sang l'expérience de l'oppression que nous la frapperons de nos arguments pourtant éternels ?!... Je ne comprends pas l'intention et condamne l'exaction. Tant que je serai martiniquais, je ne permettrai pas que le martiniquais passe pour un lâche. Tel est mon credo. Là est ma dignité. On réclame de l'argent au passé comme on demanderait du temps pour laisser agoniser la bête, mais le temps n'est-il pas déjà venu ? Que ferons-nous demain de cet argent que nous ne puissions déjà faire aujourd'hui avec nos moyens propres ? Au diable l'opportunisme et la précipitation ! Nous devons mettre un terme définitif à cette fuite mondiale en avant. Nous seuls, pouvons le faire aujourd'hui. Sincèrement, cette idée d'éteindre les lumières, le tambour, les conques et tout, c'est vraiment pas mal du tout ! C'est bon pour notre image de marque parce que c'est très commercial d'un point de vue historique... Mais pourquoi agir comme des manikous !?? Pourquoi ne pas faire les choses en grand ?! A la martiniquaise !!! Prenons rendez-vous pour le 22 mai 2009, et donnons-nous un an pour préparer ça bien comme il faut ! L'année sera symbolique...
En attendant, nul individu n'est investi de la légitimité populaire sans avoir préalablement consulté le peuple. Dorénavant, il serait bon qu'avant que certains se mettent à parler au nom du peuple, ils lui demandent son avis. Tel est mon engagement. Peut-on rejeter une partie d'une identité sans en rejeter l'identité toute entière ? La quête identitaire ne doit-elle pas être totale pour prendre du sens ? Peut-on se passer du vrai, pour être ?... Gardons-nous de galvauder l'histoire du blanc, car c'est notre propre histoire que nous risquerons de salir, condamnant nos générations à l'aliénation et à l'errance. Ce n'est pas notre destin. Oui, le temps est venu de la moisson. Préparons les paniers pour ramener le fruit au pays et gardons-nous de nous ruer sur le champ pour nous remplir le ventre aujourd'hui, oubliant que la faim et la fatigue reviennent tous les jours.


"Tro préssé pa ka fè jou wouvè !" *

Faisons-le dans la sérénité qui nous transcende lorsque que le sentiment que les jeux sont faits nous a déjà submergés. Laissons faire le temps. Il ne nous a jamais trahis. La réalité mondiale d'aujourd'hui en est l'attestation vivante. L'histoire, la vraie, ne connaît pas de gentils et de méchant. Elle ne considère que des gagnants, et des perdants.


"Sa ki taw, la riviè pa ka chaiéy." **

Seuls les justes vaincront.
Puisse la force être avec nous.


"Je tiens maintenant le sens de l'ordalie : mon pays est "la lance de nuit" de mes ancêtres Bambaras. Elle se ratatine et sa pointe fuit désespérément vers le manche si c'est de sang de poulet qu'on l'arrose et elle dit que c'est du sang d'homme qu'il faut à son tempérament, de la graisse, du foie, du c½ur d'homme, non du sang de poulet."

Aimé Césaire, Cahier d'un retour au pays natal



* Tro préssé pa ka fè jou wouvè : Rien ne sert de courir, il faut partir à point !
** Sa ki taw, la riviè pa ka chaiéy : 100 ans pour le voleur, un jour pour le juste.


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# Posté le mercredi 11 février 2009 13:10

Modifié le samedi 23 mai 2009 10:24

Batouque.

Batouque.
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Aimé Césaire est un poète. Il se lit à haute voix, avec le ton, les liaisons, et en articulant.
Il s'écoute en silence et s'entend au bout de quelques reprises.


"Les rizières de mégots de crachat sur l'étrange sommation de ma simplicité
se tatouent de pitons.

Les mots perforés dans ma salive ressurgissent en villes d'écluse ouverte,
plus pâle sur les faubourgs

O les villes transparantes montées sur yaks
sang lent pissant aux feuilles de filigrane le dernier souvenir
le boulevard comète meurtrie brusque oiseau traversé se frappe en plein ciel
noyé de flèches

C'est la nuit comme je l'aime très creuse et très nulle
éventail de doigts de boussole effondrés au rire blanc des sommeils.

batouque
quand le monde sera nu et roux
comme une matrice calcinée par les grands soleils de l'amour

batouque
quand le monde sera sans enquête
un coeur merveilleux où s'imprime le décor
des regards brisés en éclats
pour la première fois
quand les attirances prendront au piège les étoiles
quand l'amour et la mort seront
un même serpent corail ressoudé autour d'un bras sans joyau
sans suie
sans défense

batouque
du fleuve grossi de larmes de crocodiles et de fouets à la dérive

batouque..."


Aimé Césaire, extrait du poème "Batouque", Les armes miraculeuses.
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# Posté le mercredi 11 février 2009 13:17

Modifié le samedi 23 mai 2009 10:25

Nouvelle question d'Orlando !

Nouvelle question d'Orlando !
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Question : Il n'est pas possible de revoter tous les ans ou de demander tous les ans s'il faut revoter. Il y a des minutes, des journées, des trimestres, des années ; on ne peut changer la notion du temps ! Pourquoi pas faire des semaines de 8 jours ?!! Pourquoi ne pas faire des minutes à 100 secondes ?... Revoter tous les 5 ans, c'est bien.


Réponse : Ces 5 années sur lesquelles repose le pouvoir sont celles qui le trahissent. Ca manque de rythmique ! Tu ne l'as pas encore réalisé, mais la démocratie séquentielle est un système plébiscitaire.

Celui qui est élu pour cinq ans voit immanquablement la sérénité de son mandat, sa légitimité électorale parasitée par le devoir de la preuve de sa compétence (en vue de la réélection...). Pourtant, en politique, il n'y a pas de preuve à apporter. Il y a un travail à faire, ou à négliger. A chaque fois et dans tous les cas de figure, c'est le peuple qui paie l'addition. Cette méfiance systématique du peuple vis-à-vis de ses élus (et au fond vis-à-vis de lui-même) vient précisément de cet emploi partisan exclusif que nous avons de nos institutions. Les partis sont trop voraces. On a donné de mauvaises habitudes au peuple en le déresponsabilisant totalement de la gestion de sa cité, et aujourd'hui, on s'étonne qu'il se comporte comme un enfant gâté !

Je crois savoir pourquoi tu persistes à ne pas voir l'évidence que je porte à ton attention. Je peux me tromper. Tu survoles la démocratie séquentielle (ce qui est parfaitement normal ! Nous n'y avons pas consacré le même temps d'analyse). Je te rassure, le système est parfaitement verrouillé. Il suffit pour s'en rendre compte de l'envisager dans sa globalité (3 articles INDISSOCIABLES !). Mais il faut encore et déjà affronter ses peurs. Tu ne retiens de ce système que ce qui te bloque. Honnêtement, je trouve ça plutôt encourageant ! Ca prouve que ça marche. Un système politique sert par essence à poser des jalons, des limites. L'efficacité de ce système est proportionnelle à sa simplicité d'appréhension, de compréhension. Maintenant que tu as compris où tu ne pourras plus aller une fois que ce qui doit s'accomplir s'accomplira, je t'invite à envisager l'immensité des possibilités que t'ouvre ce système PLEBISCITAIRE d'avenir.

C'est le renforcement de nos institutions qui est braqué sur l'échelle impassible de mon viseur, non leur destruction. Je ne lutte pas contre, mais avec les élus ! J'entends moi-même un jour me faire élire. Mais pas comme ça ! Pas comme on le fait aujourd'hui encore. Pas à l'insu de la volonté populaire. J'ai trop longtemps étudié l'évolution des idées politiques occidentales pour aujourd'hui tendre un bâton qui servira à me battre demain. Je crois à la politique. Tu dis qu'"il n'est pas possible" de maintenir un rythme d'expression populaire soutenu, pourquoi ? Parce que tous les ans le peuple votera blanc ? lol. Ensemble, tout devient possible ! Prends l'ampleur du siècle qui s'annonce. Cesse de protéger ce qui est déjà mort, et commence à envisager ce qui n'a pas encore été fait. As-tu simplement imaginé la possibilité que ça fonctionne ? La possibilité que le peuple ne vote pas blanc ??! Prends-le toi pour dit :

CE N'EST PAS LA FIN DU MONDE !!! Pas encore.

Oui, nous sommes inscrits sous le ban de la temporalité. Et alors ?! Justement, c'est la meilleure raison qui soit pour sortir de notre immobilité. Plus l'on bridera le peuple, plus il investira d'énergie dans sa délivrance. Jusqu'au pire s'il le faut ! Fait confiance à mon expérience martiniquaise de la tectonique naturelle. La terre qui tremble, ça nous connait. Un petit séisme quotidien vaut toujours mieux qu'un big one. Il n'y a jamais plus rien à tirer de ce dernier. Jamais politiquement. A mon tour de te poser une question :

Qu'est-ce qui est mieux, 5 ou 7 ans ?
Et bien évidemment, pourquoi ?...

Je suis d'accord, s'exprimer tous les cinq ans c'est bien, à condition de s'exprimer !
Le faire tous les jours c'est mieux.



...

# Posté le jeudi 05 mars 2009 10:22

Modifié le samedi 23 mai 2009 10:25